4 octobre 2005 : c’était le 1er jour de l’an juif, le 1er jour du Ramadan et une très chaude soirée d’été montréalais. La soirée à La Khaïma avait l’air d’une réunion de famille. Tous étaient là, les conteurs acadiens et leur ami Mi’gmaq, Gilbert Sewell, et sa fille, Anna, qui au début était toute discrète mais qui par la suite a épaté toute la galerie avec sa profondeur et sa voix hautement perchée.

Dominique Khan, conteuse française, qui a séjourné en Acadie pour les Parlures et qui est venue à Montréal pour l’occasion, était en pleine forme. Au fait, saviez-vous que l’on peut sauver un amour en croyant à la réincarnation ?

Un autre « compagnon » était aussi au rendez-vous : Jacques Pasquet, écrivain et « maître conteur ». Cette soirée-là, il était particulièrement content parce qu’une de ses disciples allait faire ses débuts à Montréal. En effet, Yvette Pitre, Acadienne de Rogersville et « semeuse de petits bonheurs », comme il l’a nommée, nous a fait tellement rire, avec sa messe du dimanche, en latin, SVP. Pour ceux qui sont familiers avec la cérémonie de la messe catholique, vous avez manqué la vérité. Détrompez-vous, la messe n’est pas un hommage mais plutôt une enquête surréaliste.

Évidemment, lorsqu’on parle d’Acadiens, il y a ceux de la bande bien connue, qui sont déjà passés chez nous. Nelson Nichaud avait mis sa bûche sous la tente et il nous a fait la genèse de ses ancêtres meuniers en Acadie. Dominique Breau nous a offert un lent travelling de son village, Lavillette, constitué de 14 maisons. Comme toujours, « ça brasse là-bas». Deux curés en sont partis en courant et un habitant «est enfin venu» grâce à un certain élixir qui permet de « ne pas revenir ».

Et bien sûr, la tradition se transmet par les battements du cœur. Gilbert Sewell nous l’a prouvé. Anna, sa fille connaît les chants ancestraux, il lui a appris. Après avoir salué son protecteur, l’esprit de l’ours, il nous a transporté dans un univers phonétique hypnotisant. Pour nous transposer plus amplement dans la forêt du conteur, Anna est entrée lentement dans l’incantation qu’il était en train de faire. Tout en martelant des vers au rythme de son cœur serein, elle l’a accompagné subtilement. Avec les Mi’gmaqs, nous avons appris qu’il est important d’être conscient de notre situation et de notre emplacement physique. Car il ne faut jamais oublier que nous sommes toujours au centre de quatre points cardinaux, qui sont des choix, porteurs de conséquences mais aussi des sources de nombreuses causes.

 
     
   

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